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Comment transformer un don en véritable partenariat ?
Au-delà du don : comment transformer la relation mécènes-associations en un véritable partenariat ?
J’ai toujours été marquée par l’importance de la relation dans les partenariats entre des organisations qui financent et les associations qui reçoivent des financements. Ces partenariats vont bien au-delà d’un simple échange monétaire contre de la valeur sociale et sociétale, que les termes métiers « fundraising » et « grantmaking » ont du mal à restituer.
Trois phases jalonnent ces partenariats. Elles viennent mobiliser des enjeux différents, selon que l'on se situe du côté de l'organisation qui donne de l'argent ou de celui qui le reçoit.
Les interrogations croisées mécènes / associations :
🔸Phase 1 : en amont du financement
Comment, en tant que mécène, identifier les projets pertinents qui permettront de renforcer la cause que je souhaite soutenir ? Leurs modes opératoires me semblent-ils adaptés ?
Inversement, comment, en tant qu’association, identifier les mécènes intéressés par ma cause ? Comment faire pour entrer dans les critères de sélection sans travestir mon projet ?
🔸 Phase 2 : pendant le financement
Du côté des mécènes, quelle posture adopter vis-à-vis de l’association ? Mon rôle, au-delà de soutenir financièrement l'association, doit-il être de faciliter voire de contribuer à la co-construction du projet de l'association ?
Du côté des associations : mes mécènes ont-ils des attentes spécifiques ? Sont-ils capables de m’accompagner au-delà du soutien financier ? Cet accompagnement est-il réellement adapté à mes besoins ?
🔸Phase 3 en fin de financement
Pour les mécènes, comment distinguer ce qui relève d'un enjeu de suivi / reporting ou d'un enjeu d'évaluation ?
Pour les associations, comment répondre aux attentes de suivi / reporting de mes financeurs sans y consacrer trop de temps ?
A quoi doit servir l'évaluation ? L’évaluation doit-elle servir prioritairement la pérennité des financements ou l’amélioration continue du projet ?
Comment la relation mécènes associations évolue-t-elle dans le contexte de baisses des financements publics ?
L’édition 2026 du baromètre du mécénat d’entreprise Centre français des Fonds et Fondation / Les entreprises pour la Cité / EY consacre cette année une focale intitulée « la relation mécènes-porteurs de projet à l’épreuve de la crise ». Cette édition offre des clés très utiles pour comprendre l’évolution de ces pratiques relationnelles.
Si la très grande majorité des mécènes souhaitent se positionner comme « partenaires » des associations qu’ils soutiennent, l’adoption des pratiques philanthropiques basées sur la confiance reste progressive. On peut ainsi relever trois actions prioritaires jugées indispensables pour mieux soutenir les associations :
- La pluriannualité des financements (59 % des répondants). Ce chiffre conforte les résultats d’une récente étude de la Fondation de France sur le temps de l’action philanthropique, indiquant que la pluriannualité devient la norme.
- Le financement des frais de fonctionnement (58 %), alors qu’un tiers des répondants ne les financent pas encore. Quelle part des mécènes serait prête à s’engager sur des financements non fléchés ?
- Le développement de communications régulières basées sur l’échange et la co-construction plutôt que sur le reporting (52 %).
Comment aller plus loin et transformer en profondeur les relations entre associations et financeurs ?
L’étude donne la parole au chercheur Sylvain Lefevre de l’UQAM. Celui-ci évoque plusieurs projets portés au Canada : une auto-évaluation des fondations sur leur « empreinte inégalitaire », c’est-à-dire une réflexion sur les effets des choix de financement et de gouvernance en matière d’inégalités ; ainsi que la délégation des arbitrages financiers à des cercles d’acteurs de terrain, à l’instar des tables de quartier à Montréal, qui réunissent les acteurs à l’échelle d’un territoire pour décider de l’affectation des fonds philanthropiques.
Ces initiatives témoignent d'une volonté de rééquilibrer les rapports de force et de rendre la philanthropie plus démocratique : accepter de partager le pouvoir de décision, donner de la valeur aux projets au-delà des chiffres, construire une relation où la confiance remplace progressivement le contrôle. Autant de pistes pour permettre au partenariat mécènes-associations de résister à la crise et de porter des changements dans la durée.
Lien vers les résultats de l'étude
Crédit photo : Christopher More / Pexels
