Lab Relions
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Le temps de l'action philanthropique, un exercice d'équilibriste ?
Relations associations-fondations : comment anticiper un financement qui s’arrête
S’il y a bien un sujet que l’on ne sait pas toujours bien prendre dans la relation associations-fondations, c’est celui de la fin d’un partenariat. Rares sont les financements qui durent plus de quelques années, même si le partenariat pluri-annuel s’inscrit progressivement comme une norme. Cf étude "Les Temps de l’action philanthropique", Fondation de France, février 2026
Quand on se trouve du côté des associations, l’objectif généralement est qu’un financement dure le plus longtemps possible pour pouvoir se projeter dans la durée (3 à 5 ans, correspondant à l’horizon stratégique qu’on se donne). Il reste des exceptions à cette situation : par exemple pour des projets émergents ou de courte durée.
Du côté des fondations et fonds, l’appréhension du temps de l’action varie selon les statuts. Par exemple, la durée des fondations d’entreprise est limitée et leur mandat doit être renouvelé tous les cinq ans. Les financements des associations viennent donc s’organiser en fonction de la durée de ce mandat. En outre, certains fondateurs peuvent choisir de limiter la durée d’un financement dans la volonté de favoriser une diversification des financements ou bien de nouer des partenariats avec de nouveaux partenaires.
Arrive donc un moment où il faut se dire au revoir. Même si la fin d’un partenariat ne signifie pas forcément la fin d’une relation.
Quand on soutient un projet, cette étape peut être complexe à appréhender, comme l’ont relaté différents responsables de fondations et fonds lors de la journée annuelle du Collectif des Grantmakers qui s’est tenue en juillet 2026 :
« C’est encore plus compliqué si la relation humaine est forte. »
« Est-ce que ça relève de mon rôle de recommander cette association à d’autres financeurs ? »
« Le nombre de financeurs qui pourront prendre le relais est limité, alors vers qui orienter ? »
Les questions ne manquent pas.
Le trust based philanthropy project a proposé un retour d’expérience sur ce sujet en trois points clés :
1ère idée clé : Écouter et centrer la relation sur l’humain
- Les associations peuvent-elles activement contribuer à définir et préparer la fin d’un partenariat, et cela dès le lancement ?
- Comment valoriser la fin d’un partenariat et ce qui a été construit ensemble ? Comment donner de la place aux dimensions humaines et émotionnelles de ces transitions ?
- Quels mécanismes de financement imaginer pour accompagner les organisations les plus affectées par la fin d’un partenariat ?
2ème idée clé : encourager la diversité dans les pratiques de financement
- Comment en tant que grantmaker déverrouiller l’accès à de nouveaux financements ?
- Peut-on s’organiser entre fondations et fonds pour faciliter le relais entre financeurs ?
- Quel peut être le rôle des grantmakers pour faciliter la collecte de fonds et la visibilité des associations ?
3ème idée clé : construire l’environnement institutionnel pour encadrer la fin des partenariats
- Quelles politiques internes et bonnes pratiques mettre en place pour encadrer ces transitions ?
- Comment rendre les décisions transparentes et équitables et minimiser les risques liés à la fin d’un partenariat ?
- Quelle politique de financement pour minimiser les risques de déstabilisation ?
- Comment évaluer la manière dont se termine un partenariat ? Quelle est notre responsabilité si la fin de notre soutien a des conséquences difficiles pour l’association ?
Finalement, la relation entre association et financeur peut s’apparenter à un exercice d’équilibriste où s’articulent à la fois une approche rationnelle (inscrire un cadre clair, énoncer des objectifs, définir des indicateurs, etc) et une approche humaine où chacun et chacune va engager non seulement son organisation, mais aussi ce qu’il ou elle est en tant qu’être humain.
Quelques idées pour préparer et accompagner la fin d’un partenariat
- Inclure dans la convention une clause de fin de partenariat discutée avec son partenaire
- Organiser une cérémonie de clôture du partenariat pour célébrer ce qui a été rendu possible et inviter d’autres financeurs à rencontrer l’association
- Créer des financements relais avec d’autres financeurs, s’organiser en collectifs de financeurs
- Prévoir un « fonds de transition » permettant de soutenir les organisations les plus affectées par la fin d’un partenariat
Sources :
Étude "Les Temps de l'action philanthropique", Observatoire Philanthropie et Société, Fondation de France, février 2026
Article "Ending Well: How Can Grantmakers Close Funding Relationships with Care?", Sebastian Africano, Beth Collins, Anna Hernandez, Pui Ling Tam, and Dr. River Sturdivant, The Trust Based Philanthropy Project
Crédit photo : Kaique Lopes / Pexels
